De la vie saine. Les jeunes du mouvement breton en marches

Sébastien Carney 1
1 CRBC Brest - Centre de recherche bretonne et celtique
UBO - Université de Brest, IBSHS - Institut Brestois des Sciences de l'Homme et de la Société
Résumé : Ils sont une demi-douzaine, ces « jeunes gens d’Ober », à s’élancer ainsi sur les routes du Finistère, au début des années 30. Ce sont, principalement, les membres d’une association fondée en 1931, qui rassemble quelques bretonnants titulaires du Simbol, examen de breton établi par Roparz Hemon. Leur nom, Ober - agir - correspond à l’objectif qu’ils se sont fixé : travailler pour la Bretagne et pour le breton. Aussi s’organisent-ils autour d’une revue, Ober, kannad miziek breuriez ar Simbol, et proposent un cours de breton par correspondance, Skol Ober, animé dès la même année par la Douarneniste Marc’harit Gourlaouen. Née en 1902, elle apprend le breton grâce à la revue Gwalarn, publie un livre sur les animaux aux éditions Gwalarn en 1929, puis dispense, avec un dévouement qui lui vaut le surnom de « Santez Marc’harit ar brezhoneg », des cours à quelques dizaines d’élèves. Ils sont 31 en 1933, au moment où Jean Delalande, sous le pseudonyme de Kerlann, propose ce « Voyage » à ses camarades. Alors âgé de 23 ans, celui-ci vient de terminer son service militaire, collabore déjà à Breiz Atao, ainsi qu’à Ar Falz qu’il a contribué à fonder avec son ami et collègue instituteur Yann Sohier. Kerlann est aussi ami d’Armand Keravel (dit Tinaël) qui est lui aussi jeune instituteur, proche de Hemon et de Sohier avec qui il écrit dans Ar Falz, et du dernier pilier d’Ober : François Kervella, qui sous le nom de Kongar, fait part à Kerlann de son sentiment concernant les balades du groupe. Cet étudiant en sciences est jeune - 20 ans - et très actif. Proche de l’abbé Perrot, il publie dans Feiz ha Breiz dès 1929, puis dans Gwalarn en 1930, Breiz Atao, La Nation Bretonne, et fait partie des quelques suspects arrêtés après l’attentat perpétré à Rennes en 1932 contre le monument de l’Union de la Bretagne à la France. La nécessité de vie au grand air qu’exprime Kerlann n’est pas nouvelle dans le mouvement breton. En 1931 déjà, Olier Mordrel exhortait ceux qui risquaient « d’oublier les vraies sources du bonheur » à retenir la leçon suivante : « Revenons à la nature, à sa paix, à sa joie, à sa santé. Reconnaissons ses vertus souveraines par-delà les illusions dont nous nous sommes entourés ». Cependant, les difficultés du Parti autonomiste breton incitaient à autre chose qu’à batifoler dans les bois. Mais après 1932, la création du Parti national breton, et l’attentat de Rennes, l’action est à l’ordre du jour : il faut préparer les corps autant que les esprits. Le retour à la nature, que l’on observe ailleurs en Europe, est désormais possible. Ainsi, Wanderung est publié une première fois le 15 février 1933 dans une version manuscrite d’Ober. Il est réédité le numéro suivant dans une version tapuscrite, et enfin repris dans les colonnes de Breiz Atao, le 23 avril 1933. La multiplication des parutions témoigne tant de l’engouement de l’époque pour les activités de plein air que de la difficulté à mobiliser les troupes. Quelques-uns entendent le message et s’élancent sur les routes. Marchons avec eux, jusqu’au bout d’un monde, afin d’y débusquer le loup.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Calvez R., Guillou C., P. Jarnoux et Y. Tranvouez Langues d'Histoire, langues de vie, Les amis de Fañch Roudaut, pp.405-422, 2005
Liste complète des métadonnées

http://hal.univ-brest.fr/hal-01548216
Contributeur : Véronique Le Gall <>
Soumis le : mardi 27 juin 2017 - 12:02:31
Dernière modification le : jeudi 21 décembre 2017 - 11:12:02

Identifiants

  • HAL Id : hal-01548216, version 1

Collections

Citation

Sébastien Carney. De la vie saine. Les jeunes du mouvement breton en marches . Calvez R., Guillou C., P. Jarnoux et Y. Tranvouez Langues d'Histoire, langues de vie, Les amis de Fañch Roudaut, pp.405-422, 2005. 〈hal-01548216〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

44