French Gothic 1250-1350 and the Paradigm of the Motet.

Yves Gallet 1, 2, *
* Auteur correspondant
2 CRBC Brest - Centre de recherche bretonne et celtique
UBO - Université de Brest, IBSHS - Institut Brestois des Sciences de l'Homme et de la Société
Résumé : Alors que le style gothique tardif se développe en Europe vers le milieu du XIVe siècle, il faut attendre les dernières décennies du siècle pour voir apparaître ce même style en France. Depuis Georg Dehio au XIXe siècle, l'historiographie impute ce fait au tournant qu'aurait connu en France l'architecture gothique après 1260-1270, qui se serait figée dans une orthodoxie doctrinaire, dans le respect académique d'une tradition jugée indépassable, où les architectes se seraient désormais contentés d'imiter les grands chefs d'œuvre du siècle de Saint Louis sans plus chercher à innover. Si cette vision doit être considérablement nuancée (car tous les ferments de la modernité du gothique flamboyant sont déjà présents dans l'architecture française vers 1300), il n'en reste pas moins que la première moitié du XIVe siècle est marquée par un mouvement classicisant, où les architectes, rejetant les innovations de la période 1250-1300, semblent vouloir revenir délibérément au grand style monumental en vogue dans le premier tiers du XIIIe siècle. C'est ce phénomène dont on cherche ici à élucider les causes, en s'intéressant à l'exemple du motet, paradigmatique à bien des égards. Cette forme de musique polyphonique s'élabora sur une base assez simple, héritée de l'organum du XIIIe siècle et de ses interludes (où une voix de déchant venait orner une basse de cantus firmus), puis évolua vers une sophistication de plus en plus recherchée, vers une richesse formelle plus prononcée et des constructions rythmiques savamment heurtées. Cette évolution, étonnamment comparable à celle que connut l'art rayonnant des années 1230 jusqu'aux alentours de 1300, suscita au début du XIVe siècle une vive réaction de rejet, en particulier de la part du pape Jean XXII, qui la condamna en termes solennels par la décrétale Docta sanctorum (1324-1325), non pas parce qu'elle s'écartait des canons de la beauté ou de l'art de la composition, mais sur l'argument que toutes ces subtilités d'avant-garde ne convenaient pas au service du culte et devaient donc être bannies du chœur. On propose ici l'hypothèse qu'une réaction similaire ait pu avoir lieu dans le domaine de l'architecture religieuse où, comme dans celui de la musique d'église, la notion de convenance avait gardé tout son sens. Le cas du motet engage ainsi à sortir du champ esthétique et à prendre en compte le poids des impératifs pastoraux et liturgiques, qui restait alors considérable, dans des pratiques qui pourraient nous paraître ne relever que de l'art. En ce sens, l'histoire de la musique offre à l'historien de l'architecture un paradigme, un cadre conceptuel, pour repenser autrement qu'en termes de perte d'inventivité, ou de déclin, la question de la réaction classicisante et du retard français dans l'essor du gothique flamboyant au XIVe siècle.
Type de document :
Communication dans un congrès
Alexandra Gajewski, Zoë Opacic. Actes de colloque, 2005, Londres, United Kingdom. Brepols, pp.29-38, 2007, Architectura Medii Aevi, vol. 1
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Contributeur : Vanessa Ernst-Maillet <>
Soumis le : lundi 10 mai 2010 - 13:55:14
Dernière modification le : samedi 17 mars 2018 - 01:23:31

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Citation

Yves Gallet. French Gothic 1250-1350 and the Paradigm of the Motet.. Alexandra Gajewski, Zoë Opacic. Actes de colloque, 2005, Londres, United Kingdom. Brepols, pp.29-38, 2007, Architectura Medii Aevi, vol. 1. 〈hal-00482395〉

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